La description inédite d'un télescope du XVIIe siècle pourrait bouleverser l'histoire de l'optique et notre compréhension des expériences de Galilée. Un chercheur de l'Université de Limerick a découvert dans un manuscrit espagnol la description détaillée d'un télescope terrestre à quatre lentilles, que l'auteur attribue à Galilée lui-même.
Ce manuscrit de 1666 a été découvert par le Dr José María Moreno Madrid, chercheur à l'École d'histoire et de géographie de l'Université de Limerick. Intitulé « De Tellescopiis Stellarum », il appartenait au frère dominicain espagnol Ignacio Muñoz.
Muñoz y décrit en détail la construction du télescope, y compris ses composants, et le qualifie explicitement de « fabricatum a Galilaeo » – « fabriqué par Galilée ». Le manuscrit contient également des schémas et des dessins du télescope.
Les travaux de Moreno Madrid ont été publiés dans la revue scientifique « Annals of Science ». Ses résultats montrent que les expériences avec des télescopes à quatre lentilles pourraient avoir débuté bien plus tôt qu'on ne le pensait.
Les données historiques situent généralement l'apparition des premiers télescopes à quatre lentilles entre 1643 et 1645 environ. Or, si l'appareil décrit par Muñoz a bien été fabriqué par Galilée, les premières expériences connues avec une telle structure devraient dater au plus tard de 1630, c'est-à-dire du vivant du célèbre savant.
Il est particulièrement intéressant de noter que la conception à quatre lentilles différait de celle du télescope qui fut plus tard appelé télescope galiléen. L'appareil décrit dans le manuscrit était un télescope terrestre à quatre lentilles, un corps conique inversé et un oculaire à image directe. Les lentilles étaient convexes et espacées d'une distance approximativement égale à leurs deux distances focales.
L'histoire de cet instrument est liée aux colonies espagnoles. Selon le manuscrit, le télescope fut offert à Muñoz par Antonio Sebastián de Toledo Molina y Salazar, vice-roi de Nouvelle-Espagne et marquis de Mancera. Le vice-roi chargea le moine d'examiner attentivement l'instrument afin d'en vérifier les capacités scientifiques.
Auparavant, Muñoz avait été exilé en Inde portugaise après avoir tenté de fonder un nouvel ordre dominicain aux Philippines. Il présenta ensuite au roi Philippe IV d'Espagne une proposition de méthode révolutionnaire pour améliorer la navigation de la flotte espagnole. En retour, il espérait obtenir le soutien du monarque pour retourner en Espagne.
Le vice-roi de Nouvelle-Espagne soupçonnait Muñoz d'exagérer ses compétences scientifiques afin d'obtenir des fonds royaux. C'est pourquoi il lui confia une étude approfondie du télescope.
Cette découverte est particulièrement importante en raison du manque d'informations fiables concernant les télescopes de Galilée qui nous sont parvenus. Le scientifique lui-même affirmait n'avoir jamais vendu ses télescopes. Sur les huit télescopes de la première moitié du XVIIe siècle qui nous sont parvenus, aucun ne peut être attribué sans équivoque à Galilée. Deux instruments conservés au musée de Florence lui sont traditionnellement attribués, mais cette attribution reste sujette à controverse.
De plus, Galilée lui-même n'a laissé aucune description technique de ses télescopes.
On sait qu'il offrit un grand télescope et deux petits au roi d'Espagne Philippe IV, espérant ainsi gagner les faveurs de la cour royale et recevoir une récompense pour avoir résolu le problème dit de la longitude, c'est-à-dire le problème de la détermination de la longitude d'un navire en mer.
Moreno Madrid suggère que le télescope à quatre lentilles décrit par Muñoz aurait pu parvenir au marquis de Mancera via la cour royale espagnole. Cependant, aucun document direct ne confirme à ce jour cette hypothèse.
Le chercheur souligne qu'il est encore impossible de confirmer avec certitude que le télescope ait appartenu à Galilée. Toutefois, la présence d'une inscription explicite dans le manuscrit, conjuguée aux éléments historiques suggérant que Mancera aurait pu avoir accès aux télescopes de Galilée par l'intermédiaire de la cour espagnole, rend cette hypothèse digne d'être sérieusement envisagée.
Même si des recherches ultérieures ne confirment pas l'origine galiléenne de l'instrument, le manuscrit de Muñoz demeure une source historique importante. Il contient l'une des descriptions techniques les plus détaillées connues d'un télescope du XVIIe siècle et témoigne du prestige dont jouissaient ces instruments scientifiques à cette époque.
Les chercheurs espèrent désormais découvrir de nouveaux documents ou preuves matérielles qui leur permettront de déterminer définitivement l'origine de ce télescope inhabituel.








