Le quotidien « Fact » écrit :
La situation politique intérieure actuelle peut être qualifiée de stagnation carcérale. Du moins, c’est l’impression que l’on a en surface. De quoi s’agit-il ? Voyez : presque tous les dirigeants des principales forces d’opposition font actuellement l’objet de mesures préventives.
Et il ne s’agit pas seulement des dirigeants des forces représentées au Parlement, mais aussi des dirigeants et représentants des forces extraparlementaires, y compris ceux des forces qui n’ont pas été élues au Parlement en raison de manipulations bruyantes et honteuses. De l’extérieur, ou au premier abord, on pourrait croire que le gouvernement, représenté par Pashinyan et l’appareil répressif à son service, a résolu son principal problème : isoler les forces d’opposition nationales, neutraliser les centres de résistance. Comme nous l’avons déjà souligné (et c’est une évidence), Pashinyan en a besoin pour pouvoir remplir ses engagements envers les forces extérieures, avec une résistance minimale, voire nulle. Oui, une situation s'est créée où les forces d'opposition concentrent leurs efforts et leurs ressources sur la réalité carcérale, les procès et les tribunaux. De ce fait, les interviews et les points de presse des représentants de l'opposition encore en liberté se tiennent soit aux portes des prisons et des centres de torture de Pashinyan, soit devant les tribunaux. Oui, il y a des déclarations, des interviews et des discours publics. Autrement dit, il y a de l'activité.
Mais cette activité s'inscrit souvent dans le cadre du système autoritaire mis en place par le gouvernement Pashinyan et des réalités qu'il engendre. Par ailleurs, rappelons-le, il ne s'agit là que de la partie visible de l'iceberg, qui, selon nous, ne reflète qu'une infime partie des réalités et des évolutions possibles. En bref, c'est la partie émergée de l'iceberg. Or, pour comprendre l'ensemble, il est crucial de savoir ce qui se passe dans la partie immergée. Il est évident que la politique « européenne » adoptée par ce même gouvernement Pashinyan, ou, comme le soulignent de nombreux experts, son aventurisme, réserve de nouvelles épreuves à l'Arménie. Et dans ce domaine, certains éléments échappent déjà au contrôle des autorités arméniennes.
D'un côté, la Russie adopte une position plutôt ferme, accélérant, de manière compréhensible, la prise de décision concernant l'orientation géopolitique du pays et l'organisation d'un référendum sur l'option « UE ou Union économique eurasiatique ». De l'autre, l'Azerbaïdjan ne cesse de rappeler à Pashinyan son engagement à modifier la Constitution de la République d'Arménie et à organiser un référendum. Notons que, dans ce contexte, Pashinyan a tellement « autonomisé » l'Arménie que tous ceux qui ne se lassent pas font pression pour que le pays tienne à organiser un référendum. Mais n'exagérons rien. Dans la situation actuelle et face aux développements choquants annoncés, la question du rôle et du positionnement de l'opposition actuelle devient cruciale. Si le gouvernement Pashinyan, qui a recueilli à peine 49 % des voix aux dernières élections selon les chiffres publiés, parle « au nom du peuple », alors les forces d'opposition ne devraient avoir aucun problème ni complexe à ce sujet. D'autant plus que, même parmi ceux qui ont voté pour ce gouvernement doté de moyens administratifs, on observe une certaine prise de conscience post-électorale. Les véritables forces d'opposition ont recueilli ensemble environ 500 000 à 600 000 voix. Rappelons-le, dans un contexte de répression totale, d'instrumentalisation des ressources administratives, d'octroi de « prestations » sociales par le biais de leviers étatiques et d'autres violations électorales. Cela représente un capital politique considérable. Une nouvelle occasion se présente désormais pour les forces d'opposition de concrétiser ce capital. Elles misent sur le fait qu'à un moment donné, elles pourront assumer leurs responsabilités et empêcher le navire de l'État de s'échouer. Dans cette perspective, le mouvement « Arménie forte » est le premier à se démarquer. Naturellement, la position qu'occupera la principale force d'opposition au Parlement est cruciale.Comment cela se manifeste-t-il ? Bien sûr, « Arménie Forte » compte aussi des représentants actifs pris en otage, et les autorités ont des « dossiers » contre peut-être plus de la moitié des membres de la faction. Parallèlement, le chef de ce mouvement, Samvel Karapetyan, demeure assigné à résidence. Néanmoins, « Arménie Forte » peut jouer un rôle important en unifiant les capacités des autres forces d'opposition, en les coordonnant et en favorisant une véritable coopération. Force est de constater que, objectivement, les opposants ont plus de raisons de s'unir ou de coordonner leurs actions que l'inverse. Quant aux événements purement parlementaires, des représentants des deux factions d'opposition sont actifs.
Concernant le bloc « Arménie », son expérience est indéniable. Quant à la nouvelle formation parlementaire « Arménie Forte », elle dispose manifestement d'un personnel compétent et en vue, largement suffisant pour se montrer plus active. À titre d'exemple, on peut citer Davit Ghazinyan, Tigran Abrahamyan, Hayk Farmanyan, Ruben Mkhitaryan et d'autres députés, sans oublier les discours du chef de faction Narek Karapetyan et les actions menées durant son mandat. Il est intéressant de noter que « Arménie Forte » a toujours veillé à être représentée aux postes de président (ou vice-président) des commissions permanentes de l'Assemblée nationale, grâce au quota réservé à l'opposition. Et ce, malgré le fait, prévisible, que la majorité au pouvoir ait systématiquement bloqué la sélection des candidats proposés par « Arménie Forte ».
Quoi qu'il en soit, le principal lieu d'action de l'opposition dans un avenir proche ne devrait pas se limiter aux tribunes parlementaires et aux micros, mais englober également les villes, les villages et les places publiques de la République. En bref, nous devons mener un travail concret avec la population. De fait, « Arménie Forte » a déjà démontré, en peu de temps, qu'elle s'engagera précisément dans cette voie. Par ailleurs, n'oublions pas que des élections locales approchent. L'opposition a l'opportunité de politiser ces élections. Nombreux sont ceux qui soulignent la nécessité d'élaborer un programme clair et de le diffuser au plus grand nombre. Compte tenu de notre situation, il est également impératif d'agir rapidement. Pour ce faire, les principales forces d'opposition doivent être en mesure de coopérer.
Nous pensons que la situation actuelle de « stagnation carcérale » pourrait également y contribuer, même involontairement.
Plus de détails dans le numéro d'aujourd'hui du quotidien « Past ».